Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 21:56

"Hier soir, j'ai longuement hésité entre rejoindre des amis à une soirée ou bien rester au lit avec un livre. Finalement en cacochyme précoce que je suis, j"ai opté pour la seconde solution. Pendant ma lecture, je pensais : "que se serait-il passé si j'étais sorti ? Aurais-je rencontré des personnes intéressantes ? Et peut-être même un nouvel ami qui serait devenu, à l'heure qu'il est, indispensable à ma vie ?Comment pourrais-je le savoir ? C'est absolument impossible. Cela nous arrive tout le temps, à longueur de journée, de devoir choisir. Cela me rend parfois si fébrile de penser à toutes les possibilités de la vie que l'on pourrait mener. N'êtes-vous pas obsédés par cette question du choix ? Il m'arrive de penser que la vie est une folie totalitaire. Nous sommes soumis en permanence à la dictature du choix unique. Alors que les possibilités sont si nombreuses, pour ne pas dire infinies. Il nous arrive d'hésiter enre deux vies amoureuses, et l'on ne saura jamais ce qui aurait pu exister avec l'autre personne. Cette autre vie devient comme un roman que personne n'écrirait. Cette obsession est aussi valable avec des choix plus simples. Au restaurant, hésiter entre une pizza et des pâtes, et opter finalement pour l'un ou l'autre, ne donne pas la même tonalité au repas. C'est infime, et pourtant la conséquence est réelle : nous ne vivons pas la même chose. Quand ce jour-là je mange des pâtes, je ne saurai jamais ce que cela est de manger une pizza ce même jour. Bon ,j'écris dans Psychologies, un journal sérieux, de qualité, j'aurais peut-être dû choisir un meilleur exemple. Et pourtant, je trouve que cet instant où nous sommes suspendus devant un menu de restaurant est tellement représentatif de la vie. On est là, assis, on pourrait tout plaquer pour une mousse au chocolat, mais on demeure encore dans l'île flottante. Par conséquent, je comprends mieux le fantasme de l'ubiquité. (...)

Mais serait-on heureux sans la permanence du choix dans notre vie ? Ne deviendrait-on pas fou si la vie était une autoroute à quatre voies et non une sentinelle obligatoire ? Je crois qu'il y a beaucoup de beauté en la nécessité de choisir en permanence la route que l'on mène, à errer parfois, à se tromper forcément, à vivre les brouillons et les ratages, à accumuler ce que l'on appelle justement l'expérience; il n'y a d'expérience que si l'on échoue, et je veux échouer parfois. Je veux échouer et je veux avoir des regrets. je veux rester là dans mon lit à me dire "Et si j'y étais allé, à cette soirée"Oui, il y a de la beauté à tout ça. Et maintenant, je pourrais écrire tant de phrases pour finir cette chronique, tant de phrases arpentent mon cerveau de leur possibilité, et il va bien falloir que je choisisse."

 

 

Paru dans Pschologies magazine, novembre 2010

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Martine 14/11/2010 14:05


Bonjour Christian,
Contente d'avoir de tes nouvelles et de lire ton commentaire, comme toujours !
Concernant ton avis, je le trouvé très intéressant et je suis assez d'accord avec toi; malgré tout, je pense que, certes notre état d'esprit plus que notre choix nous engage, mais que suivant le
choix que l'on fait, les gens que l'on rencontre, les circonstances de l'événement vécu, on peut être amené à changer de disposition intérieure. Je peux me rendre à une soirée en traînant les
pieds, en faisant la tête ou en me mettant en retrait et donc ne rien vivre d'enrichissant du tout ; mais imaginons qu'une personne me sollicite, me touche, me bouscule ou qu'un élément quelconque
de la soirée joue un rôle d'élément déclencheur; mon état d'esprit a des chances d'évoluer, malgré moi ; non ?
Mais c'est vrai, qu'en pensent les autres lecteurs ?


christian Loehlé 11/11/2010 08:52


Je suis en profond désaccord avec cette idée.
Certes, choisir entre faire une soirée lecture ou sortir est un choix qui va déterminer les aspects SOCIAUX de notre vie (vais-je être riche ou pauvre dans 5 ans, en couple ou célibataire, en bonne
santé physique ou malade, etc.).
Mais je crois que ce qui détermine des aspects à mon avis plus fondamentaux de notre vie sont les attitudes internes avec lesquelles on fait les choses, et non les comportements qu'on a choisi de
faire. Pour l'exemple, je vais reprendre l'exemple du choix entre sortie ou soirée-lecture: Imaginons que je considère en secret que les gens n'ont rien à m'apprendre; si je choisis de sortir et
que je n'écoute les autres qu'avec distraction, sans curiosité, je vais effectivement perdre mon temps. Mais si je choisis de rester chez moi (précisément "parce que les gens n'ont rien
d'enrichissant"), je ne vais rien apprendre de l'auteur de mon livre. je me construis une vie qui sera exactement la même. Le choix de sortir ou de prendre mon livre ne sont que deux chemins qui
mènent au même lieu. A l'inverse, si je considère que les gens sont plein de richesse et plein d'enseignement; sortir et être vraiment à l'écoute d'autrui va m'enrichir. Mais lire un livre qu'un
auteur a mis 3 ans à rédiger avec tout son coeur, cela va aussi m'enrichir. Là encore, deux chemins et une destination unique.
Que l'on choisisse les options A ou B, ce qui trace notre vie future en terme d'épanouissement, de dignité et de réalisation de soi, ce n'est pas le choix A plutôt que B, mais la capacité à faire
vraiment A quand on a choisi A, plutôt que de faire A à moitié tout en soupirant de tous les possibles que B aurait pu nous offrir.

Mais au fait, qu'en pensent les autres lecteurs?


Présentation

  • : "La parole est d'or"
  • : Sur mon blog, vous trouverez des citations parce que j'aime les mots, leur beauté, leur pouvoir. Vous trouverez également des résumés de mes lectures, des commentaires et des réflexions en lien avec la psychothérapie, en particulier l'analyse transactionnelle. Soyez les bienvenus et n'hésitez pas à vous exprimer. A bientôt
  • Contact

Recherche

Liens